Thomas, 34 ans, commercial dans une PME de distribution à Lyon, hésite depuis deux ans à se reconvertir vers le marketing digital. Son employeur ne finance pas ce type de formation dans son plan annuel. Thomas ne sait pas par où commencer, ni qui consulter. Ce qu'il ignore : il a droit à un accompagnement individuel confidentiel, entièrement gratuit, financé par l'État, sans que son employeur ait à valider quoi que ce soit.
Ce dispositif, c'est le Conseil en évolution professionnelle. Disponible depuis la loi du 5 mars 2014, il reste en 2026 l'un des services les plus sous-utilisés par les salariés comme par les dirigeants de TPE/PME.
Ce que le CEP est (et ce qu'il n'est pas)
Le CEP n'est pas une formation. C'est un accompagnement individuel et confidentiel, ouvert à tout actif occupé, financé intégralement par France Compétences sur la contribution des entreprises. Un conseiller CEP aide à :
- faire le point sur la situation professionnelle actuelle
- identifier les compétences transférables et les envies d'évolution
- construire un projet réaliste : promotion interne, reconversion, VAE, formation certifiante
- cartographier les financements mobilisables selon le statut (CPF, Pro-A, aides régionales, OPCO de branche, AGEFICE pour les indépendants)
Ce n'est pas un bilan de compétences. Le bilan est payant (entre 1 500 et 3 000 euros), plus long (jusqu'à 24 heures sur 3 mois), centré sur l'évaluation psychologique des aptitudes et motivations. Le CEP est un service d'orientation et de conseil, pas d'évaluation. Les deux sont complémentaires mais ne se substituent pas.
Qui peut consulter un CEP en 2026 ?
Tout actif occupé, sans condition d'ancienneté ni d'âge :
- salarié du secteur privé, quelle que soit la taille de l'entreprise
- agent de la fonction publique d'État ou territoriale
- travailleur indépendant, artisan, profession libérale
- demandeur d'emploi
Un salarié en CDI depuis trois mois dans une TPE de cinq personnes a exactement le même droit qu'un cadre en poste depuis vingt ans dans un grand groupe. L'employeur n'est ni informé ni consulté par le CEP : les échanges restent strictement confidentiels.
Le paysage a été reconfiguré depuis 2022. Les opérateurs habilités pour les salariés du privé sont les suivants.
France Travail (anciennement Pôle emploi) : principal opérateur, accessible en agence ou à distance. Premier point de contact pour la majorité des salariés.
APEC : réservé aux cadres et ingénieurs. Les consultants APEC ont une expertise sectorielle sur les marchés cadres.
CIBC et structures associées : centres interinstitutionnels de bilan de compétences, présents dans la plupart des régions. Souvent spécialisés sur les reconversions complexes.
Cap emploi : pour les salariés en situation de handicap ou porteurs d'une RQTH. Cap emploi articule CEP, aides AGEFIPH et aménagement de poste.
Les OPCO (AKTO, ATLAS, AFDAS, Constructys, Ocapiat, etc.) ne sont pas opérateurs CEP. Ils financent des formations dans le cadre du PDC, de la Pro-A ou de l'alternance, mais n'assurent pas le conseil amont. Le CEP intervient en amont du financement.
Ce que le CEP peut déclencher comme financement
C'est le point qui intéresse directement les dirigeants et les RH : un salarié orienté via CEP revient avec un projet structuré et sait exactement quel dispositif solliciter.
Pour une reconversion totale hors entreprise :
- CPF de transition professionnelle (ex-CIF), piloté par la CPIR de la région. Permet de financer une formation longue à temps plein avec maintien partiel du salaire.
- CPF de droit commun si la formation visée est éligible au Compte personnel de formation.
Pour une évolution dans l'entreprise :
- Pro-A (promotion ou reconversion par alternance), financée par l'OPCO de branche. Adaptée aux salariés sans niveau Bac ou dont la qualification est menacée par l'évolution technologique.
- Plan de développement des compétences de l'employeur, abondé par l'OPCO si la branche le prévoit.
- Aides régionales (FRAC, dispositifs Région) pour les formations longues, notamment dans les secteurs en tension.
Pour un travailleur indépendant :
- AGEFICE pour les gérants non-salariés et les conjoints collaborateurs
- Crédit d'impôt formation dirigeant (déduit de l'IS ou de l'IR)
- France Num pour les formations liées à la transformation numérique des TPE
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Le cas de Thomas : de l'entretien CEP au plan d'action
Thomas travaille dans une PME de 12 salariés relevant de la convention collective du négoce et distribution. Après son premier entretien CEP à France Travail à Lyon (45 minutes), son conseiller lui trace un chemin concret :
- Formation cible : titre professionnel « Responsable marketing digital » (niveau 5, éligible CPF)
- Coût estimé : entre 4 800 et 7 000 euros selon l'organisme de formation retenu
- Droits CPF disponibles : environ 2 100 euros acquis depuis 2015
- Complément : CPF de transition professionnelle, instruction à la CPIR Auvergne-Rhône-Alpes
- Alternative si l'employeur accepte : Pro-A, avec financement OPCO EP pour le reste à charge
Thomas repart avec un plan documenté. Son employeur n'a rien signé, rien validé. Mais s'il veut garder Thomas sous un profil différent, il peut décider de cofinancer via le PDC. C'est là toute la valeur opérationnelle du CEP : il ouvre le dialogue sans forcer la main.
Ce que l'employeur peut faire (et ne pas faire)
La loi interdit à l'employeur de :
- s'opposer à la démarche CEP d'un salarié
- exiger d'être informé du contenu des entretiens
- refuser une demande CPF hors temps de travail en représailles
- sanctionner un salarié pour avoir consulté un CEP
L'employeur peut en revanche :
- recommander activement le CEP lors des entretiens professionnels bisannuels
- co-financer la formation identifiée via le PDC, la Pro-A ou un abondement CPF
- proposer un bilan interne complémentaire en amont du CEP
- intégrer une rubrique CEP dans le livret d'accueil des nouveaux embauchés
L'entretien professionnel bisannuel (obligatoire depuis la loi du 5 mars 2014) est l'endroit naturel pour rappeler à chaque salarié son droit au CEP. Le code du travail exige que cet entretien aborde les perspectives d'évolution et les dispositifs d'accompagnement disponibles.
Checklist pratique : recommander le CEP dans votre entreprise
- [ ] Mentionner le CEP dans chaque compte-rendu d'entretien professionnel (traçabilité obligatoire)
- [ ] Indiquer le lien vers moncompteformation.gouv.fr dans les communications RH internes
- [ ] Former les managers à orienter les salariés en questionnement, sans aborder le fond du projet
- [ ] Inscrire le droit au CEP dans le livret d'accueil
- [ ] Proposer de co-construire le financement si l'employeur veut accompagner la formation identifiée
- [ ] Distinguer clairement CEP (gratuit, confidentiel) et bilan de compétences (payant, avec restitution) dans les communications internes
Dans les entreprises de moins de 50 salariés, c'est souvent le dirigeant lui-même qui répond aux questions de parcours. Le CEP lui permet de déléguer ce conseil à un professionnel neutre, sans coût pour l'entreprise, sans risque de conflit d'intérêts. Un salarié qui ressort d'un CEP avec un projet clair est plus facile à accompagner qu'un salarié en désengagement progressif.
Pour aller plus loin sur les financements disponibles selon votre secteur et votre convention collective, nos spécialistes en financement public restent disponibles pour un point de situation personnalisé.
Questions fréquentes
Le CEP est-il vraiment gratuit pour le salarié ?
Oui, totalement. Le financement est assuré par France Compétences sur la contribution formation des entreprises. Le salarié ne paye rien, ni pour les séances, ni pour l'élaboration du dossier.
Mon employeur peut-il savoir que j'ai consulté un CEP ?
Non. Les entretiens sont confidentiels et le conseiller ne transmet aucune information à l'employeur, sauf si le salarié en fait expressément la demande écrite.
Le CEP peut-il financer directement une formation ?
Non. Le CEP oriente mais ne finance pas. Le conseiller aide à identifier le dispositif adapté : CPF, Pro-A, CPF de transition professionnelle, plan de développement des compétences ou aide régionale. Le financement passe ensuite par le canal habituel.
Combien de temps dure un accompagnement CEP ?
Il n'y a pas de durée fixe réglementaire. Un premier entretien dure généralement 45 minutes à une heure. Un accompagnement complet sur un projet de reconversion peut s'étaler sur plusieurs mois, avec 3 à 8 séances selon la complexité du projet.
Quelle différence entre le CEP et le bilan de compétences ?
Le CEP est gratuit, court et orienté vers l'action (plan de parcours, identification des financements). Le bilan de compétences est payant (1 500 à 3 000 euros), plus long (24 heures sur 3 mois) et centré sur l'évaluation des aptitudes et motivations. Les deux se complètent sans se substituer.