Le CPF en 2026 : un reste à charge qui change la donne
Depuis le décret du 2 avril 2026, les titulaires d'un CPF qui souhaitent suivre une formation certifiante doivent s'acquitter d'un reste à charge obligatoire. Ce montant, proportionnel au coût de la formation, constitue un frein réel pour les salariés à revenus modestes ou pour ceux dont les droits CPF ne couvrent plus la totalité du parcours visé.
Résultat concret pour les entreprises : des collaborateurs qui renoncent à des formations pourtant stratégiques, faute de budget personnel. Qualifications, certifications de branche, montée en compétences numériques... autant de projets différés, avec à la clé un risque de décrochage compétentiel pour la structure.
Le CPF co-construit est un outil pour sortir de cette impasse, sans remplacer les autres dispositifs de financement public de la formation.
Qu'est-ce que le CPF co-construit ?
Le CPF co-construit, encadré par l'article L. 6323-4 du Code du travail, permet à un employeur d'abonder le compte personnel de formation d'un salarié. Concrètement, l'entreprise verse des fonds sur le CPF de son collaborateur pour compléter ou couvrir intégralement le reste à charge lié à la formation choisie.
Ce mécanisme est pleinement cumulable avec les autres sources de financement de la formation professionnelle :
- les droits CPF personnels du salarié, alimentés annuellement selon son temps de travail,
- un financement OPCO au titre du plan de développement des compétences (PDC), avec une prise en charge souvent totale pour les entreprises de moins de 50 salariés,
- des aides régionales mobilisables via le CARIF-OREF de la région concernée,
- des dispositifs de France Travail (AFPR, POEI, AIF) pour les salariés en reconversion ou en période de professionnalisation,
- le crédit d'impôt formation dirigeant pour les gérants qui suivent eux-mêmes une formation certifiante.
L'abondement employeur ne remplace pas ces financeurs publics et paritaires : il s'y articule pour boucler le plan de financement global.
Pourquoi l'abondement CPF intéresse-t-il les TPE et PME ?
Fidélisation des équipes. Dans un contexte de tension sur le marché du travail, proposer un soutien financier à la montée en compétences est un signal fort envoyé à chaque collaborateur : l'entreprise investit concrètement dans son avenir professionnel. Cet argument pèse dans la décision de rester, au même titre qu'une prime ou un avantage en nature.
Maîtrise du plan de formation. Quand l'employeur co-finance la formation dans le cadre d'un accord écrit, il peut orienter le choix vers des certifications alignées avec les besoins de l'activité. Sans abondement, le salarié utilise son CPF librement et sans obligation d'informer son employeur (sauf si la formation se déroule sur le temps de travail).
Déblocage de cofinancements publics complémentaires. Certains OPCO et certains dispositifs régionaux exigent un apport du salarié ou de l'employeur pour déclencher leur prise en charge. Le CPF co-construit peut ainsi ouvrir des portes de financement qui resteraient autrement fermées.
Exonération de charges dans les limites légales. Sous conditions, l'abondement CPF bénéficie d'un régime social favorable. Un expert-comptable peut préciser les plafonds exacts applicables à votre situation.
Cas concret : Sophie, dirigeante d'une agence de communication (8 salariés)
Sophie dirige une agence de communication à Lyon. Deux de ses collaborateurs souhaitent obtenir une certification en gestion de projet reconnue au RNCP. La formation coûte 1 800 euros par personne.
Chaque salarié dispose de droits CPF couvrant environ la moitié du coût. Avec le reste à charge entré en vigueur en avril 2026, ils devraient mobiliser plusieurs centaines d'euros sur leur budget personnel, ce qu'ils refusent de faire.
Sophie met en place un abondement CPF formalisé dans un accord écrit. L'entreprise verse la différence nécessaire pour couvrir le reste à charge de chaque salarié. En parallèle, l'OPCO de branche prend en charge une partie complémentaire au titre du PDC, après examen du dossier déposé par l'agence.
Résultat : les deux formations ont lieu sans coût personnel pour les salariés. Le coût net pour l'agence est sensiblement inférieur à un autofinancement total, grâce à l'articulation entre CPF, abondement et financement OPCO. Les certifications obtenues renforcent directement le positionnement commercial de l'agence.
Vérifier les conditions d'éligibilité
Le salarié doit être en CDI, en CDD, ou à temps partiel. La formation doit être éligible au CPF : certifications inscrites au RNCP ou au RS (répertoire spécifique), bilan de compétences, ou validation des acquis de l'expérience (VAE).
Rédiger l'accord écrit
Un accord écrit entre l'employeur et le salarié est obligatoire avant tout versement. Il précise au minimum : le montant de l'abondement, la formation visée, les modalités d'utilisation sur le temps de travail si applicable, et, de façon optionnelle, une clause de remboursement proratisé si le salarié quitte l'entreprise dans un délai défini.
L'employeur verse les fonds directement sur le CPF du salarié via la plateforme MonCompteFormation, gérée par la Caisse des Dépôts et Consignations. Un espace employeur dédié permet de gérer ces versements en ligne, sans intermédiaire.
Si l'abondement s'articule avec un plan de développement des compétences, l'OPCO de branche doit être informé avant le début de la formation. Les délais et les formulaires varient selon les branches professionnelles. Renseignez-vous auprès de votre OPCO pour connaître les modalités et les dates limites de dépôt.
Ce que le CPF co-construit ne couvre pas
Le CPF co-construit ne peut financer que des formations éligibles au CPF. Les formations non certifiantes, les conférences, les séminaires internes ou les modules de perfectionnement sans certification reconnue ne peuvent pas être abondés via ce mécanisme.
Pour ces cas, d'autres voies restent mobilisables : le plan de développement des compétences (géré via l'OPCO), les aides régionales pour la formation continue (selon le CARIF-OREF de la région), les dispositifs de France Travail pour les profils en reconversion, ou l'AGEFIPH pour les salariés en situation de handicap.
Pour les travailleurs non salariés (TNS), le CPF co-construit ne s'applique pas directement. D'autres dispositifs prennent le relais : l'AGEFICE pour les commerçants, le FIF-PL pour les professions libérales, ou encore les fonds de formation des micro-entrepreneurs.
Checklist pour mettre en place un abondement CPF
- Identifier les formations CPF-éligibles utiles à l'entreprise (certifications RNCP ou RS)
- Vérifier les droits CPF actuels du salarié concerné via MonCompteFormation
- Estimer le montant d'abondement nécessaire pour couvrir le reste à charge
- Consulter l'OPCO de branche pour un éventuel cofinancement complémentaire au titre du PDC
- Rédiger l'accord écrit (montant, formation, clause de remboursement optionnelle)
- Créer ou activer le compte employeur sur MonCompteFormation.gouv.fr
- Verser l'abondement en ligne avant l'inscription du salarié à la formation
- Conserver les justificatifs (accord, reçu de versement) pour le suivi comptable et l'exonération de charges
Pour aller plus loin, les ressources de référence sont disponibles sur France compétences, le portail travail-emploi.gouv.fr et Légifrance pour les textes réglementaires.
Pour simuler le montage financier complet de votre projet de formation, en combinant CPF co-construit, financement OPCO et aides régionales, utilisez le simulateur Mon Budget OPCO. notre équipe peut également vous accompagner dans le montage de votre dossier de financement public, de la vérification des éligibilités jusqu'au dépôt auprès des organismes compétents.
Questions fréquentes
Le CPF co-construit est-il obligatoire pour l'employeur ?
Non, l'abondement CPF est entièrement facultatif pour l'employeur. Il résulte d'un accord volontaire entre les deux parties et ne peut être imposé ni par le salarié ni par une convention collective sans accord préalable de l'entreprise.
L'abondement CPF est-il soumis à cotisations sociales ?
Sous certaines conditions légales et dans les limites fixées par le Code du travail, l'abondement peut bénéficier d'un régime social favorable. Les règles exactes dépendent du montant et du contexte : consultez un expert-comptable pour votre situation spécifique.
Un dirigeant TNS peut-il bénéficier du CPF co-construit ?
Non, le CPF co-construit concerne exclusivement les salariés. Les travailleurs non salariés relèvent d'autres dispositifs : AGEFICE pour les commerçants et gérants non salariés, FIF-PL pour les professions libérales, ou les fonds de formation des auto-entrepreneurs.
Que se passe-t-il si le salarié quitte l'entreprise après avoir utilisé l'abondement ?
L'accord peut prévoir une clause de remboursement proratisé si le salarié démissionne dans un délai défini après la formation. Sans clause explicite, l'abondement reste acquis au salarié. Il est donc conseillé de formaliser ce point par écrit dès la conclusion de l'accord.
L'abondement CPF peut-il se cumuler avec un financement OPCO ?
Oui, c'est même l'un des atouts principaux du dispositif. L'abondement employeur peut s'articuler avec un financement OPCO au titre du plan de développement des compétences, des aides régionales via le CARIF-OREF, ou d'autres dispositifs publics comme ceux de France Travail.